Deauville accueille le congrès mondial de radiothérapie par les particules : l’hadronthérapie.
Entretien avec le Professeur Jean-Louis Habrand (Pr Emérite de radiothérapie Oncologique, Université Caen-Normandie, Chef de service honoraire, Centre François Baclesse)
Chaque année, la communauté internationale médicale et scientifique de la radiothérapie par particules « lourdes » (les « hadrons », du grec hadros : lourd, fort) organise son congrès au sein du PTCOG, une société savante qui rassemble chercheurs, médecins, physiciens et industriels engagés dans le développement de cette thérapie innovante contre le cancer.
Pour sa prochaine édition, ce rendez-vous scientifique majeur se tiendra au Centre International de Deauville (CID), en Normandie. À cette occasion, nous avons rencontré le Pr Habrand, Président du Comité d’Organisation Locale*, afin de comprendre les enjeux scientifiques, technologiques et logistiques de ce congrès exceptionnel.
Pourquoi une radiothérapie par les particules ?
Créé en 1985 aux États-Unis, le Particle Therapy Co‑Operative Group (PTCOG) constitue aujourd’hui la principale communauté scientifique internationale entièrement dédiée à la radiothérapie par particules lourdes : protons et ions plus lourds (carbone, hélium…).
Balistiquement supérieure à la radiothérapie conventionnelle photonique (par rayons X), cette approche permet de déposer l’énergie du rayonnement de manière extrêmement précise au sein de la tumeur, tout en limitant de façon drastique, l’irradiation des tissus sains environnants et donc sa toxicité. Si les progrès considérables de la radiothérapie classique « photonique » lui permettent maintenant d’atteindre de tels objectifs dans les tumeurs couramment traitées, celle par protons tend à la supplanter dans les situations les plus délicates (tumeurs de l’œil, tumeurs des enfants et plus généralement tumeurs au contact d’organes très « radiosensibles » comme les voies optiques, la moelle épinière…). Il existe actuellement plus d’une centaine de ces centres dans le monde dont trois en France : l’un d’eux, le centre CYCLHAD est opérationnel à Caen depuis 2018, dans le cadre d’une collaboration avec le CLCC François Baclesse. Quant aux ions plus lourds, ils bénéficient d’une propriété supplémentaire exceptionnelle : une augmentation « d’efficacité » sur les tissus biologiques tumoraux qui les rend attractifs dans les tumeurs les plus « radio-résistantes » (sarcomes, tumeurs en rechute déjà irradiées, plus généralement grosses tumeurs inextirpables chirurgicalement…). Toutefois, en raison de son coût, de la complexité de sa mise en œuvre, au sein d’accélérateurs géants (de type synchrotron), cette technologie n’est opérationnelle que dans une quinzaine de centres dans le monde (la plupart au Japon, quelques-uns en Europe, pour l’instant aucun aux Etats Unis…ni en France !).
Pourquoi la Normandie ?
L’objectif de cette rencontre à Deauville sera d’abord éducationnel, lors des deux premiers jours d’enseignement, ouverts à tous les acteurs de la cancérologie. Pour la première fois, il est prévu des sessions parallèles, propres aux personnels paramédicaux. Viendra ensuite le congrès scientifique proprement dit, les trois jours suivants, concernant les récentes avancées thérapeutiques au travers de grandes études cliniques réalisées à travers le monde, ou d’études « pilotes » plus sélectives combinant par exemple les hadrons à d’autres thérapeutiques comme la chimiothérapie ou les médicaments biologiquement « ciblés », l’immunothérapie… Des indications cliniques nouvelles ou trop peu explorées émergeront peut-être aussi de ce congrès. J’aurai, pour ma part, un œil très attentif, nous confie le Pr HABRAND, sur les travaux très prometteurs par ions carbone, de nos collègues japonais dans une maladie redoutable, le cancer du pancréas… Les sessions parallèles en radiobiologie et en radiophysique ne seront pas oubliées d’autant que l’expertise des équipes françaises est reconnue comme en témoigne la présence d’un conférencier prestigieux, prix Nobel de Physique, le Pr Alain ASPECT.
Enfin, « cerise sur le gâteau », mais qui a valu à nôtre communauté régionale d’être choisie en priorité pour l’organisation cette année, le dernier jour du congrès sera consacré à la visite d’un accélérateur très innovant (de type cyclotron) en fin de construction, le « C400 », auquel ont collaboré de nombreuses équipes scientifiques opérant sur le campus du GANIL, à Caen et le groupe industriel « Normandy-Hadrontherapy ». Capable de délivrer protons et ions lourds de haute énergie sous un format exceptionnellement réduit (en raison de sa conception supra conductrice), une installation de ce type permettra peut-être un déploiement, au sein même d’un hôpital, dans le futur. Un autre atout espéré de cet appareil est représenté par la possibilité d’atteindre des débits de dose peu communs (pouvant dépasser la centaine de Grays/sec !) dont on découvre les vertus protectrices incroyables sur certains organes sains exposés au rayonnement ; une forme de radiothérapie qui a déjà un nom : l’irradiation « flash ». Cette journée comportera inévitablement un déplacement sur le site caennais (Centre CYCLHAD). La mise en service pour la recherche et le traitement n’est pas attendue, elle, avant deux ans.
Pourquoi Deauville ?
Si science et médecine porteront la marque des équipes de Caen et de leurs collègues nationaux et internationaux, la logistique s’appuiera entièrement sur les capacités d’accueil exceptionnelles de Deauville. Dans l’éventualité de la venue de 1500 à 1800 participants, Deauville offre un parc hôtelier, à peu près unique en région, adapté à un événement international de grande ampleur (rappelons le G20, le festival annuel du cinéma américain…). La municipalité peut également compter sur l’implication totale et une écoute attentive des personnels hautement qualifiés du CID, aptes à gérer des locaux à « géométrie variable », dont l’emblématique Grand Auditorium d’ORNANO, (qui avoisine les 1500 places), et quelques autres de moindre capacité, auxquelles s’ajoutent de nombreuses salles de réunions « parallèles » comme l’a exigé le PTCOG cette année. N’oublions pas non plus l’immense hall d’exposition, qui recevra les exposants industriels. Notons enfin, que cet évènement sera l’occasion de communiquer au monde notre amour du cheval, lors de la soirée de gala à l’hippodrome de Clairefontaine, et celle des parasols bien alignés… dont l’image ornera les « sacs congrès » !
Avec ce congrès, souhaitons que la Normandie s’impose encore un peu plus comme terre d’accueil du Monde et du Savoir.
« *comité composé de représentants des Centres Baclesse et CYCLHAD, Université et Caen-La-Mer. Action coordonnée par le groupe événementiel KENES »