Organisation d’un congrès à Deauville : retour d’expérience
Organisation d’un congrès d’ampleur : osez Deauville, un site d’exception et très accessible à tous égards contrairement à bien des idées reçues
Depuis plus d’un quart de siècle les infectiologues se réunissent annuellement en des « JNI » (Journées Nationales d’Infectiologie), congrès agrégeant aussi des collègues d’autres disciplines très impliquées dans la gestion du risque infectieux et les paramédicaux.
Alors que ces JNI changent chaque année de lieu, la Normandie restait la seule province française non visitée, les palais des congrès des deux villes siège de CHU – Caen et Rouen – n’ayant pas la capacité suffisante pour un millier de congressistes ou davantage.
Cette situation était très clairement pénalisante pour la région alors que la manifestation est l’occasion de valoriser les équipes locales – pouvant apporter une forte touche dans le programme – et aussi de faire découvrir un territoire, rares étant les français connaissant bien « les quatre coins de l’hexagone ».
Bien connu des équipes médicales normandes y organisant régulièrement leurs colloques régionaux, le Centre International de Deauville (CID) était pour eux la solution évidente. Cependant pour avoir l’adhésion de tous les décideurs il fallut lever pas-à-pas bien des idées reçues, à risque d’être bloquantes, avant de pouvoir donné corps in fine aux JNI de Deauville s’étant déroulées avec grand succès.
D’où ce partage d’expérience, sans le moindre lien d’intérêt, si ce n’est l’attachement à notre territoire et la conviction qu’il mérite d’être davantage connu à travers bien d’autres congrès nationaux ou européens, notamment dans le champ de la santé.
« Deauville est bling-bling, et nulle entreprise partenaire n’acceptera de nous y accompagner » FAUX
Face à ce verrou fortement ancré et depuis des années, un avis a priori avait été pris auprès du Conseil de l’Ordre des Médecins, ayant statué qu’il n’y avait aucun veto de principe, les règles usuelles étant simplement à appliquer scrupuleusement là comme ailleurs, ce qui fut aisé.
Ainsi rassurés, tous les partenaires potentiels – industriels du médicament ou du diagnostic microbiologique et prestataires de services en santé – avaient assisté, plus nombreux que jamais dans l’histoire des JNI, sans la moindre difficulté réglementaire ou autre, et avec au contraire bien des éloges lors du débriefing.
« Deauville est bourrée de palaces et apporte une offre très insuffisante en nuitées accessibles aux congressistes » FAUX
Ce corolaire de l’image précédente s’est avérée une contre-vérité à l’épreuve des faits, alors même que les JNI se déroulèrent en juin, à une période si attractive pour le tourisme.
Bien sûr, il y a de très beaux hôtels à Deauville, à notoriété mondiale, et dont le haut standing (4 ou 5 étoiles) est inaccessible aux manifestations professionnelles des soignants, y compris réglementairement. Mais à côté, l’offre de Deauville et des environs immédiats en hôtels et résidences 2 ou 3 étoiles s’est beaucoup étoffée tandis que bien des participants ont trouvé d’autres solutions pour leur plus grand plaisir : grande villa confortable partagée par une équipe pour un coût individuel finalement moindre que l’hôtellerie, bungalow très confortable dans un camping de plage de proximité ayant fait le bonheur de plus jeunes ayant enchainé ensuite un week-end de « beach-party » ou pour un triathon qui se tenait juste après…
« Il n’y a pas grand-chose à faire dans cette petite ville, ce qui dissuadera certains participants » FAUX
Avec plus de 2000 participants pour la première fois dans l’historique du congrès, les JNI de Deauville ont « explosé le compteur », preuve de l’attractivité non seulement du contenu scientifique mais aussi de la ville.
Deauville ce n’est évidemment pas que le carré des boutiques de luxe à côté des palaces, mais maintes activités très simples et « nature ». La ville est aussi la porte d’entrée d’une fort belle région : au cœur du pays d’Auge si bien croqué par David Hockney, avec un peu plus loin Honfleur et son vieux-bassin mythique, puis les plages du débarquement et leur force mémorielle, Rouen ville-musée, le Mont-Saint-Michel époustouflant en toute saison…
« Deauville est difficile d’accès » FAUX
En cette France centralisatrice où non seulement les franciliens mais les habitants de bien des régions doivent passer par Paris pour aller ici ou là, Deauville est finalement aisée d’accès, avec une ligne ferroviaire spécifique depuis Saint-Lazare, imbattable pour le bilan carbone, pouvant même faire l’objet de trains spéciaux et « privatisables » par tel sponsor.
Puis une fois sur place la plupart des participants peuvent tout faire à pied, sans omettre bien sûr de passer par les célèbres planches distribuant notamment le CID.
« Le CID c’est bien pour le Festival du cinéma américain de Deauville, pas pour un congrès scientifique » FAUX
Comme tant d’autres congrès notamment médicaux, les JNI mixent des séances plénières – parfois uniques – à d’autres temps où courent sept sessions concomittament afin de satisfaire les priorités d’actualisation des connaissances de chacun, nécessairement différentes.
Comparativement à bien d’autres centres de congrès régionaux, le CID offre à cette fin une fonctionnalité exemplaire. A côté du grand amphithéâtre siège du festival se prêtant parfaitement aux assemblées générales, le CID permet de construire de façon modulable des espaces de toutes tailles, les JNI n’ayant utilisé pas même la moitié des surfaces disponibles alors qu’il y avait un vaste espace pour les communications affichées, les stands, les espaces de restauration et de convivialité…
« Un congrès à Deauville coute une fortune » FAUX
Le CID n’est certainement pas le palais des congrès provincial le moins couteux, mais dans notre expérience en mettant bout-à-bout l’attractivité forte de Deauville pour les congressistes comme pour les sponsors et une écoute des responsables du centre bien conscients que l’intérêt partagé était de trouver un terrain d’entente pour aboutir, l’opération fût finalement très satisfaisante comparativement à bien d’autres villes.
Quant à la « soirée de gala », temps-fort du programme social des JNI à l’entière charge de chaque participant, elle avait pu se dérouler à coût très raisonnable dans une villa balnéaire pas loin du CID, avec excellent traiteur et démonstration de polo juste devant sur la plage, le tout ayant laissé des souvenirs particulièrement mémorables car juste uniques dans l’histoire de ce congrès.
Bien sûr, selon vos besoins et votre public, d’autres villes normandes offrent de belles opportunités pour s’y réunir en plus ou moins grand nombre, mais n’omettez surtout pas Deauville dans vos réflexions, a fortiori pour un congrès d’importance.
Pr François CARON
Infectiologue au CHU et à l’Université de Rouen
Président du Comité Régional d’Organisation des JNI de Deauville